 Capgeris Parlez-nous des rencontres « animal et société » autrement appelées « Grenelle
des Animaux » : En quoi consistent-t-elles vraiment ?
Michel BARNIER
Le Président de la République m’a chargé de mener une réflexion sur la protection animale en associant pour la
première fois tous les acteurs concernés : les élus locaux et nationaux, les professionnels, les ONG (associations
de protection animale, de protection de l’environnement et de consommateurs), des experts, et les administrations
concernées qui sont nombreuses.
L’objectif poursuivi est double :
- d’une part, il s’agit de créer un lieu de débat sur la protection animale ;
- d’autre part, l’objectif est d’aboutir à des propositions concrètes qui permettront d’améliorer la
protection des animaux en France.
J’ai mis en place trois groupes de travail :
- Le premier présidé par Jean-Louis Etienne, traitera des régimes juridiques de l’animal ;
- Le deuxième groupe présidé par Jacques Pradel, traitera du rôle et de la place de l’animal en ville ;
- Le troisième groupe présidé par Jérôme Bignon (député) traitera des animaux élevés pour être consommés et
des animaux de spectacle.
Capgeris Quelle est la genèse de ces rencontres débutées le 14 mars ?
Michel BARNIER
Au moment où le Grenelle de l’environnement a débuté, les associations de protection animale ont demandé à ce que le
thème de la protection animale soit traité. Compte tenu de l’amplitude des sujets déjà discutés dans le cadre du
Grenelle de l’environnement, le Président de la République a préféré que la protection animale puisse faire l’objet
d’un cycle de concertation spécifique.
C’est ainsi que sont nées les Rencontres « animal et société ».
J’ai procédé au lancement des Rencontres le 14 mars. Les trois groupes se sont réunis pour la première fois au cours
de la semaine du 25 mars.
Capgeris Les rencontres avec les éleveurs se sont-elles avérées enrichissantes
?
Michel BARNIER
De ces premières réunions, je retiens tout d’abord une forte volonté de tous les acteurs de débattre. Les premiers
échanges se sont tenus sans polémiques. Je note que l’ensemble des acteurs concernés : élus, associations de
protection animale, organisations professionnelles….
Ces premières réunions ont surtout permis un premier échange entre les participants. Elles ont aussi permis de
commencer à aborder quelques questions sur le fond. De ce point de vue, je peux vous indiquer que les débats sont
très riches.
Au cours des prochaines réunions, les propositions des participants seront soumises à la discussion.
Capgeris Pour en venir à votre visite du jour (ndlr : visite de la maison de retraite de
l’Abbaye à Saint Maur des Fosses) : pourquoi un ministre de l’agriculture rend il visite à une maison de
retraite?
Michel BARNIER
La démarche peut paraître inhabituelle, j’en conviens. Néanmoins, le vieillissement de la population et le taux de
possession d’animaux de compagnie chez les seniors conduisent à réfléchir à leur présence au sein des établissements
spécialisés d’accueil. C’est pour cela que j’ai souhaité aller à la rencontre des résidents de maisons de retraite
qui ont la possibilité de vivre avec leurs animaux. Cette possibilité n’est pas encore offerte à tous les
résidents.
Capgeris Et pourquoi cet établissement en particulier ?
Michel BARNIER
La Maison de retraite de l’Abbaye à Saint-Maur est justement particulière car elle est exemplaire en matière
d’accueil des animaux des résidents. La présence de l’animal auprès des résidents fait pleinement du projet
d’établissement.
Par ailleurs, cette maison de retraite est située dans un parc ouvert sur la ville de Saint-Maur : les résidents,
avec leurs animaux, peuvent y croiser les autres habitants de la commune qui viennent également promener leurs
animaux. Cela favorise le lien social.
Capgeris Quel peut être l’apport d’une présence animale dans une maison de retraite ?
Est-elle courante en France aujourd’hui ? Va-t-elle se démocratiser à l’avenir ? Quel est l’intérêt pour les
personnes âgées ?
Michel BARNIER
Parfois, l’arrivée d’une personne âgée dans une maison de retraite est vécue comme une rupture traumatisante avec
son milieu social, familial et souvent géographique. L’entrée en maison de retraite est encore aggravée par la
nécessité d’une autre séparation, celle d’un animal de compagnie qui a souvent partagé la vie de son maître pendant
de nombreuses années.
Pour ma part, je considère que la présence d’un animal de compagnie dans les établissements pour personnes âgées est
positive. Cela permet d’atténuer le sentiment de rupture. De même, l’animal incite à la mobilité physique. Il est
également un élément très important de lien social : il permet d’entretenir des relations avec d’autres
propriétaires d’animaux, le vétérinaire…
Toutefois, l’accueil des animaux dans les maisons de retraite peut susciter des difficultés au regard de la
réglementation en matière d’hygiène et de sécurité. Cela peut également représenter une charge de travail
supplémentaire pour les équipes para-médicales qui accompagnent les résidents.
Les Rencontres animal et société doivent permettre de dépasser ces difficultés. Afin de favoriser le développement
de l’accueil des animaux de compagnie, il serait intéressant qu’un guide soit rédigé pour aider les directeurs
réticents ou inquiets d’accueillir des animaux.
Capgeris Les personnes âgées sont-elles globalement plus respectueuses des animaux que
les générations précédentes ?
Michel BARNIER
Je crois que c’est la perception de l’animal dans l’ensemble de la société qui est en train de changer. Pendant
longtemps, l’animal a été utilisé pour répondre à des besoins élémentaires de l’Homme : se nourrir, se déplacer…On
ne souciait pas de la protection animale, de son bien-être. Cette vision est en train d’évoluer. Cette évolution
peut s’expliquer par l’attention croissante que nous portons à l’environnement au sens large, dont les animaux.
Par ailleurs, le rôle social de l’animal se développe rapidement, dans une société de plus en plus individualiste.
Pour répondre à votre question, je crois que cette évolution de la société tout entière se fait sentir également
chez les personnes âgées. Les personnes âgées sont certainement de plus en plus attentives aux animaux qui les
entourent.
Capgeris Qu’est-il ressorti de cette rencontre spécifique, et des rencontres déjà
effectuées (hors discussions avec les éleveurs) ?
Michel BARNIER
Cette rencontre, qui était la première pour moi autour des Rencontres animal et société, a été pour moi un moment
très fort sur un plan humain. J’ai pu mesurer l’attachement des résidents à ces animaux qui sont de véritables
compagnons. J’ai pu constater que la présence de ces animaux était source pour eux de grandes joies. La présence
d’un animal à leur côté est une ouverture sur l’extérieur.
Capgeris Quels sont les premiers éléments “confirmés“ qui apparaîtront dores et déjà dans
votre rapport de juin ?
Michel BARNIER
Comme je vous l’ai indiqué, les groupes viennent juste de démarrer leurs travaux. Il est donc trop tôt pour en tirer
des conclusions. J’attends toutefois que les groupes formulent des propositions concrètes qui permettront
d’améliorer le protection des animaux en France.
Capgeris Un dernier mot à nos lecteurs ?
Michel BARNIER
Le Ministre de l’agriculture que je suis, est très investi sur les questions d’élevage et d’agriculture, je dois
aussi m’occuper de la problématique des animaux de compagnie. Je suis conscient de la nécessité de mieux définir le
rôle et la place de l’animal dans la société et de parvenir à une relation harmonieuse et équilibrée entre l’animal
et l’Homme. C’est mon objectif dans le cadre des Rencontres animal et société
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