Parution du n° 509 - mars 2014 du Bulletin mensuel d'information de l'INED, Population & Sociétés

1914-2014 : un siècle d'évolution de la pyramide des âges en France.

Publié le 17 mars 2014



L'histoire d'un pays se lit à livre ouvert dans sa pyramide des âges, et mieux encore quand on suit cette dernière au fil du temps.

La pyramide des âges de la France n'a cessé d'évoluer depuis le déclenchement de la guerre de 1914-1918.
L'INED (1) a choisi d'effectuer ici un arrêt sur image tous les vingt ans, soit les années 1914, 1934, 1954, 1974, 1994 et 2014.


Au 1er janvier 1914, à la veille de la première guerre mondiale, la pyramide des âges de la France a la forme régulière d'une meule de foin (voir tableau ci-dessus).
L'encoche à 42 ans correspond au déficit des naissances dû à la guerre franco-prussienne de 1870-1871, aggravé par un pic de mortalité infantile : 23 % des nouveau-nés de 1871 sont décédés avant un an, contre 17 % en moyenne dans la seconde moitié du XIXe siècle.
En 1911, la mortalité infantile atteint un nouveau pic dû à un été très chaud qui accroît fortement les diarrhées mortelles des nourrissons, d'où le creux observé à l'âge de 2 ans dans la pyramide de 1914.

Vingt ans plus tard, au 1er janvier 1934, la pyramide porte les stigmates de la première guerre mondiale : un large creux d'abord du côté masculin entre 38 et 55 ans - les hommes sont 25 % moins nombreux que les femmes à ces âges, alors que les effectifs des deux sexes sont comparables à chaque âge avant 35 ans.
La guerre a entraîné la mort de 1,5 million de soldats.
La génération la plus touchée est celle des hommes nés en 1894, qui avaient 20 ans en 1914 : 24 % ont été tués dans l'hécatombe de la guerre [1] & [2].

Les naissances ayant chuté de moitié entre 1915 et 1919, la pyramide des âges de 1934 porte entre 14 et 18 ans une nouvelle échancrure, qui affecte cette fois les deux sexes.
Lorsque ces générations creuses parviennent à leur tour à l'âge de fécondité, 25 à 30 ans plus tard, elles produisent une seconde échancrure, moins accusée que la première mais très visible sur la pyramide de 1954.
La fécondité ayant reculé pendant la seconde guerre mondiale, entre 1940 et 1942, il s'ensuit un creux entre 11 et 13 ans, mais bien moindre que 25 ans plus tôt.

Un événement de taille vient élargir la pyramide de 1954 : le baby-boom, surgi huit ans plus tôt, avec, en 1946, 200 000 naissances de plus qu'en 1945.
Ce surcroît durera près de trente ans, soit 800 000 à 900 000 naissances annuelles, au lieu de 600 000 à 700 000 avant la guerre.
Les baby-boomers devenant plus âgés, le renflement persistera d'une pyramide à l'autre, mais son effet s'inversera : après avoir rajeuni la population, il contribuera à la vieillir.

Le nombre des naissances reste élevé jusqu'en 1973, alors que le nombre moyen d'enfants par femme commence à chuter dès le milieu des années 1960.
Cette persistance s'explique par l'arrivée aux âges féconds des enfants du babyboom nés 20 ans plus tôt.
Réduites d'environ 20 % à partir de 1974, les naissances se maintiennent ensuite à peu près à un même niveau, complétées ensuite légèrement par les migrations (voir page suivante).

Alimentée depuis 40 ans par des apports à peu près constants, la pyramide de 2014 a un profil remarquablement vertical dans sa moitié inférieure.
Situation unique au monde, car la plupart des pays développés présentent aujourd'hui une pyramide des âges dont la base est devenue très étroite (comme l'Allemagne, par exemple).

En France, sauf catastrophe, cette base verticale devrait engendrer dans quelque temps une pyramide aussi régulière que celle du 1er janvier 1914, à la veille de la première guerre mondiale (2).
Les stigmates laissés par cette dernière se sont effacés au bout de 80 ans pour les pertes militaires directes et d'un siècle pour le déficit des naissances.
Il faudra encore quelques décennies pour que disparaissent les marques de la seconde guerre mondiale et un demi-siècle pour que s'estompe la bosse du babyboom - le temps que s'éteignent les générations nées au début des années 1970.


Notes

(1) Gilles Pison - Institut national d'études démographiques.

(2) La pyramide des âges au 1er janvier 1914 publiée par l'Insee correspond à la population du territoire de la France dans les frontières de 1871, soit le territoire actuel moins l'Alsace et la Moselle, qui faisaient alors partie de l'Allemagne [3].
La pyramide pour le territoire actuel a été obtenue en augmentant uniformément les effectifs de 5,6 %, rapport entre les populations de l'Alsace-Moselle et le reste de la France à l'époque.


Références

  • [1] Jacques Vallin, La mortalité par génération en France depuis 1899, Paris, Ined, Cahier n° 63, 1973, 484 p.
  • [2] François Héran, « Générations sacrifiées : le bilan démographique de la Grande Guerre », Population et Sociétés, n° 510, avril 2014, 4 p. (à paraître).
  • [3] Fabienne Daguet, Un siècle de démographie française, Paris, Insee Résultats, n° 434-435, 1995, 306 p.



Résumé

Au 1er janvier 1914, la pyramide des âges de la France a la forme régulière d'une meule de foin.
La première guerre mondiale y crée plusieurs encoches liées aux pertes militaires et au déficit des naissances.
La pyramide des âges est aujourd'hui en voie de retrouver une forme régulière, les stigmates que la première guerre y a laissés ayant pratiquement disparu après l'avoir marquée pendant près de cent ans.





Bilan démographique 2013 : un excédent naturel en baisse





Bilan démographique 2013 : un excédent naturel en baisse

L’Insee estime la population de la France au 1er janvier 2014 à 66,0 millions d’habitants, dont 63,9 en métropole et 2,1 en outre-mer [4].

Le solde naturel atteint 219 000 personnes en métropole (780 000 naissances moins 561 000 décès), le reste de la croissance étant dû au solde migratoire (la balance des entrées et des sorties), que l’Insee estime à   50 000 personnes (voir tableau ci-dessus).

Le solde naturel a tendance à diminuer d’année en année, il était 20 % plus élevé il y a cinq ans en 2008 (264 000).
Les naissances ont été légèrement moins nombreuses en 2013 qu’en 2012 (moins 10 000).
L’indicateur de fécondité, après avoir atteint un niveau élevé de 2,02 enfants par femme en 2010, a un peu diminué depuis et atteint 1,97 en 2013. L’espérance de vie à la naissance a progressé : 78,7 ans pour les hommes et 85,0 ans pour les femmes en 2013, contre 78,5 et 84,9 en 2012.
Les décès ont cependant été légèrement plus nombreux en 2013 qu’en 2012 (plus 2 000), la population ayant vieilli.

Le solde migratoire reste modéré (0,8 ‰), la France se situant encore à un niveau bas pour l’Europe : le solde migratoire approche 3 ‰ au Royaume-Uni en 2012, 5 ‰ en Allemagne et en Autriche, 6 ‰ en Italie, 9 ‰ en Suisse et 10 ‰ en Norvège.

L’excédent naturel (3,4 ‰ en 2013) devrait continuer à diminuer dans les prochaines années, les évolutions étant déjà inscrites dans la pyramide des âges : le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants sera stable, et le nombre de naissances pourrait l’être aussi.

À l’inverse, à mesure que disparaîtront les générations du baby-boom, le nombre de décès augmentera pour rejoindre celui des naissances [5].

Quant au solde migratoire, il reste par nature imprévisible mais, quel que soit son niveau futur (même modéré), il faut s’attendre à ce qu’il devance le solde naturel d’ici une génération, voire plus tôt, pour devenir la première composante de notre croissance démographique.

Ce ne sera pas l’effet d’un surcroît de fécondité des étrangers ou d’une politique migratoire, mais le contrecoup du baby-boom parvenu en fin de course avec l’inévitable augmentation des décès qui l’accompagnera.



Références

  • [4] Vanessa Bellamy et Catherine Beaumel, « Bilan démographique 2013 : trois mariages pour deux Pacs », Insee Première, n° 1482, janvier 2014.
  • [5] Olivier Chardon et Nathalie Blanpain, Projections de population 2007-2060 pour la France métropolitaine, Insee Résultats, n° 117, Société, 2010.




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